Paris Games Week 13 : L’envers du décor

Paris Games Week 13 : L’envers du décor

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Vous faites peut-être partie des 245000 personnes qui ont arpenté les allées de la Paris Games Week cette année, ou peut-être que vous aviez déjà fait le déplacement les années précédentes ? De très nombreux stands, hauts en lumière et en couleurs sont là pour en mettre plein la vue. Dans l’ombre, nombreuses sont les personnes qui travaillent dur pour offrir au public ce spectacle dédié à l’univers des jeux vidéo. Ludwig alias « KdK » a passé cette année encore, les cinq jours de la PGW micro à la main sur l’une des scènes du hall 3. L’homme vous raconte ici ce qui se passe de l’autre côté du décor.

Ça y est, la Paris Games Week est terminée ! Pendant le salon, j’ai vu de nombreuses personnes jeter des regards vers les portes à moitié fermées de la régie, demander si ce n’était pas trop dur de monter sur scène toute la journée ou simplement comment faire pour y monter tout court. Bien que je sache qu’une partie du lectorat d’IEWT est composé d’organisateurs, j’espère qu’ils me pardonneront de raconter des choses si évidentes et pour les autres, venez découvrir cet univers qu’est l’envers du décor !

Tout commence comme souvent par un mail d’une connaissance, quelques mois ou semaines avant un événement. Quelques informations, légères et quelques peu décousues; l’idée principale se résume à peu de choses “Si c’est possible, ça te tente ?” Quelques échanges plus tard, il est défini une prise de contact plus solide et forcément un lot d’informations plus dense afin de confirmer sa bonne venue (certains stands ne se font qu’à la dernière minute), les horaires se définissent et les amis aussi ! Et oui, le jeu vidéo est un petit monde et l’esport l’est encore plus ! Alors, on se passe le mot, “Tu en es ? Je serais là de tel jour à tel autre, on tente de se capter ?” ou encore “Tu fais quoi toi ? Ah cool ! On pourra se croiser”, mais rien ne se fixe jamais avec certitude, la densité d’un salon comme la Paris Games Week (PGW) oblige à toujours s’adapter en permanence. Pour une personne habituée aux LANs, le salon bien que dense n’est pas une promenade de santé mais juste un peu plus fatiguant, et c’est déjà pas mal !

La préparation entre acteurs, sponsors et acteurs du jeu vidéo ou de l’esport n’est pas difficile mais il faut savoir accorder un certain nombre de violons, et si les stands et scènes sont empreints de jeu(x), ce sont bien les sponsors que l’on voit le mieux au premier abord. La part semble inégale et pourtant la taille des écrans pour présenter les parties fait largement pencher la balance en faveur des univers virtuels, mais ne se fait qu’une fois les espaces montés. De plus en plus, à force que les éditeurs ou développeurs comprennent l’intérêt qu’ils ont à investir dans l’esport, ils font appel à des professionnels de l’événementiel. Ces pros qui montent à partir d’un sol bétonné vide un stand et le font briller de mille feux à partir de plans en seulement quelques heures sont au moins aussi heureux que les associations de voir le milieu esportif se développer. Et c’est bien normal car ils en sont les premiers bénéficiaires ou presque. La réalité c’est que bien qu’il existe des acteurs spécialisés comme Oxent (ESWC) ou Turtle (ESL) qui sont nés ou presque de l’esport, de nombreuses autres agences liées aux jeux vidéo de près ou de loin organisent également des tournois lors événements comme la PGW. Il y a donc fort à faire pour se différencier du voisin et se développer, mais revenons à notre salon. L’installation va de quelques heures à quatre jours pour installer les plus gros stands et ceux qui travailleront effectivement sur les espaces n’arrivent souvent qu’un peu plus tard. Et même lorsque la moquette destinée au public n’est pas encore posée, les équipes se relaient déjà afin d’organiser au mieux les différents stands. On passe ainsi d’une vision globale de structures à une vision plus fine et technologique avec l’installation de régies (lumineuses, sonores et bien sur vidéos).

02La zone ESWC en plein montage, le matériel dans les caisses va rejoindre les régies et les zones de jeux.

C’est un travail long et fastidieux car chaque élément fait partit d’un ensemble dûment préparé, et aucun couac ne doit ralentir l’avancée du montage. Les équipes travaillent donc d’arrache-pied afin de garantir que les espaces dédiés au public soient terminés et propres afin d’accueillir les premières foules.

IMG_20131028_153648 La zone League of Legend, sur la gauche, l’espace commentateurs -qui sera fermé- est en plein montage.

Comme beaucoup de salons dans d’autres secteurs, la Paris Games Week ouvre ses portes un peu en avance pour la presse, cependant, milieu du jeu vidéo et NTIC oblige, de nombreux blogueurs et VIP étaient également conviés. Dès le mardi soir, le salon était donc plein et malgré certains stands non finalisé, des cocktails s’organisaient à droite et à gauche.

Comme d’habitude, Oxent qui organise l’ESWC a invité tout ceux qui approchent de près ou de loin la coupe du monde (partenaires, presse spécialisée esport…) à un apéritif préparatoire devant les premiers matchs de la compétition mondiale, mais c’était cette année surtout l’occasion de revenir sur les années précédentes … Ça n’a échappé à personne, l’ESWC fêtait cette année ses dix ans, le moment pour une belle rétrospective en images !

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La soirée presse, c’est également le moment pour les équipes en charge des stands de se briefer et de se détendre avant de lancer la machine … car tout le monde le sait, un événement comme celui là est dur. Très dur. Et les moments de détente ne seront pas nombreux alors autant profiter des nombreux jeux presque accessible avant la cohue, presque car rapidement, les titres les plus attendus s’ornent d’une file d’attente toute aussi longue que lorsque le salon sera envahie par le public. Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de tester la prochaine génération de consoles qui sortiront à la fin du mois, c’était la dernière chance ! Et c’est sûrement en partie pour cela que cette année le PGW débordait dès le premier jour !

Un premier jour épuisant à tous les niveaux car il met le corps à l’épreuve, mais aussi la tête. L’heure tourne à une vitesse phénoménale, les dernières personnes qui n’ont pu se libérer avant arrivent pendant que tous les stands carburent aux boissons énergisantes. Au-delà de la préparation, il y a la réalité du terrain. Les essais infructueux, les erreurs de communication ou tout simplement, les choses oubliées ou non terminés. Les premières et deuxièmes journées lors d’un salon qui dure longtemps sont souvent les plus éprouvantes car tous les manques se regroupent sur la période où l’impression devrait être la meilleure pour le public. Avec un peu de recul, les imperfections se gomment facilement et le public ne voit rien, mais la quête de perfection reste ! C’est souvent avec cet état d’esprit et la volonté d’offrir plus aux spectateurs que commencent les journées suivantes avec cependant un petit truc en plus …

06Le temps passe extrêmement vite et les pauses déjeuner par exemple sont très tardive.
Instant classique : milieu de l’après-midi en train de surveiller le stand, luxe cependant; le plateau repas.

Les journées ne se terminent plus sur les rotules et c’est donc l’occasion de partager plus qu’un débriefing afin de faire mieux le lendemain ! C’est donc ici que commencent réellement les meilleurs moments avec … LES SOIRÉES ! En fait, comme je l’ai dit plus haut, si le monde du jeu vidéo est petit, le monde esportif est quant à lui minuscule. Le soir est réservé à la détente, le salon ferme ses portes mais uniquement au public, l’inertie avant que la sécurité de nuit n’arrive permet de boire un coup et souffler un peu avec les copains ou les stands d’à coté. Rencontrer de nouvelles têtes, se féliciter pour la journée qui vient de se terminer ou s’encourager pour le lendemain fait partie du quotidien de ces débuts de soirées. Évidemment, tout le monde ne peut pas forcément rester toute la soirée…  Parfois par obligation, d’autres fois par fatigue, les gens s’en vont peu à peu. Et la fatigue se rémunère, car la présence sur le salon n’est pas le fruit du hasard ! Et bien qu’il y ai quelques bénévoles, la plupart des gens sont salariés ou dédommagés pour la PGW. Les salaires sont forfaitaires et sont décidés au cas par cas malgré une grille évidente. Ils oscillent entre soixante et cent quarante euros la journée mais pour certains postes dédiés, ils peuvent être trois à quatre fois supérieurs et monter… et comme toute position commerciale, cela ce négocie. Lors de la relâche (la fin de l’événement), c’est à nouveau le rush. Il faut tout démonter le plus rapidement possible afin de laisser l’espace disponible, le tout ne ce fait pas forcément dans la dentelle et les équipes (qui comme pour le montage, sont des fois dédiées à cette tâche) prennent d’assaut chaque centimètre cube qui dépasse du sol.

07Le salon vidé de son contenu… Ou presque (Crédits photo © Arthur L.)

Pour ceux qui ont tenu le salon pendant cinq jours, c’est l’heure du départ ou c’est le moment idéal pour … FAIRE LA FÊTE ! Et oui, depuis qu’Oxent à repris l’ESWC, il s’installe à la Paris Games Week une ambiance dès le début, nombreux sont ceux qui attendent le dimanche soir pour fêter la fin de la coupe du monde avec d’autres dans un club proche de la Porte de Versailles…

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Pour certains, c’est une nuit forte en événement qui les attend, pour d’autres, c’est un tango avec l’oreiller qui fera leur bonheur ! Je terminerai cet article par le blues… Et oui, la sensation de manque est très présente pour de nombreux participants. Cette réaction physiologique est toute à fait normale, le corps sécrétant de nombreuses substances pendant l’intense effort qu’est un salon de cette envergure, une dépression passagère se fait sentir les jours suivants, mais elle se dissipe en général au bout de quarante huit heures pour laisser la place au meilleur et … surtout l’envie de recommencer ! Car malgré les difficultés, les moment longs et compliqués, ce genre de salon laisse des souvenirs géniaux !

8 COMMENTAIRES

  1. C’est quand même une sacrée aventure humaine. ça use, ça tue, mais qu’est ce que c’est bon ! Quand tu retournes au taff, t’as l’impression qu’il te manque un truc …

  2. Assez bien résumé.
    Je pense qu’après ce genre d’évènements, et même après des années, la reprise du travail est toujours difficile : quasiment n’importe quel boulot parait bien fade et inintéressant à côté.
    D’un point de vue physiologique, c’est assez dingue de voir à quel point on peut tirer sur la bête physiquement si la motivation est la. Toujours aussi impressionant de se rendre compte à quel point l’adrénaline et le stress peuvent te faire tenir.
    Comme si on pouvait repousser les limites à l’infini ou presque.

    Sauf qu’à la fin, ton corps réclame quand même que tu payes l’addition (et la, ca pique un max).

  3. Très bon résumé des off de l’évènement juste 2 remarques :
    –  » luxe cependant; le plateau repas. » Encore faut il aller les chercher :-P
    -Les demandes particulières de dernières minutes…
    Dans la vie professionnelle je serais le premier à dire :
    « Nan, nan, t’es sérieux ? C’est pas envisageable, c’était pas prévu, on fait pas ! »
    Sauf qu’avec l’ambiance générale, l’effervescence du public et le soutien de son équipe il est difficile de dire non et je me retrouve à dire :
    « Woh, euh c’est chaud ça … bon allez, allez …. ça passeeeeee. C’est tendu mais allez on le fait et ça va le faire »

    Ah et aussi, longue vie au système D :-)

  4. Je suis complètement d’accord ! Si ce n’est pas sur le cahier des charges, fuck off mais là … évènementiel aidant, ouvert à n’importe quoi ou presque tant que c’est théoriquement possible :D

  5. Impossible n’est pas français :p
    Bien courageux ceux qui ont le temps de prendre l’apéro pendant un salon !

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