L’esport, cette fourmilière

L’esport, cette fourmilière

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Je pense que l’on peut voir l’esport comme une fourmilière à ciel ouvert. Suffisamment petit pour voir évoluer le milieu, suffisamment grand pour atteindre une taille critique, lui conférant inerties et travers.

On peut observer les structures, les disciplines, ou même les gens. Regarder tout ce petit monde évoluer est très intéressant sociologiquement et économiquement parlant. Robert Ohlen de DreamHack AB faisait la remarque pendant une conférence à Valence qu’une année d’esport était l’équivalent d’une décennie. Et effectivement, les changements qui ont eu lieu ces dernières années ont pris plusieurs décennies pour certains sports ou jeux.

On pourra argumenter que ceci n’est que le fruit de l’essor des communications numériques, et que globalement tout va plus vite, mais je reste persuadé que l’esport est spécifique de ce point de vue.

D’ailleurs les moyens techniques déployés pour soutenir l’essor de ce milieu, ont souvent été en avance sur ce qui se faisait dans le grand public, et certains courants ou modes d’utilisation méritent de s’y arrêter. Après les premières lanparty et tournois récompensés par des pins et des casquettes, les premiers circuits avec un système de points ont fait leur apparition, puis tout est allé très vite. Des premières compétitions regroupant les meilleurs d’une région, d’un pays, puis du monde, jusqu’aux premiers joueurs sous contrat (SK-Gaming avec leur équipe Counter-Strike en 2003).

skgaming-cpl-2003

L’apparition de structures, d’organisations, et leur disparition successives, au rythme d’une consolidation sans merci et surtout sans fin. Ces cycles donnent parfois le tournis, l’impression d’un éternel recommencement, mais ne rendent pas moins intéressante l’observation de ce milieu particulier, bien au contraire.

La notion de célébrité ou e-célébrité est arrivée au fur et à mesure elle aussi. De quelques fans vénérant des pseudos connus de quelques centaines de personnnes seulement, capables de regarder en boucle de courtes fragmovies, nous sommes passés à une toute autre échelle. Des pages facebook avec des milliers de likes et de fans, des gens se bousculant pour récuperer un autographe ou, saint graal du supporter, un tshirt ou un tapis de souris dédicacé, qui l’aurait cru il y a 10 ans ?

Intéressant aussi de voir le déclic chez les joueurs, ce moment ou leur discipline et la starification associée est à leur yeux assez importante pour qu’ils se permettent comportements hautains et petits caprices. Mais les joueurs ne sont pas les seuls, les organisateurs, les rédacteurs, eux aussi atteignent une certaine renommée dans la bulle eSport. Parfois, certains réalisent dans l’esport un potentiel qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’exploiter dans la vie de tout les jours. Ils se rendent compte que finalement, ils font de bons orateurs, rédacteurs, de bons managers, ou plus généralement travaillent bien sous pression et cet aspect développement personnel est captivant.

Je suis encore régulièrement surpris par la qualité de certains acteurs de la scène, et leur professionnalisme, alors même qu’ils sont bénévoles. Dans certains cas, on assiste à des changements de carrière, ou des réussites professionnelles grâce à des atouts ou des qualités gagnés dans l’eSport. Untel a crée son entreprise d’évènementiel, un autre fait de l’hébergement de serveurs, ce genre de réussite est plaisant à voir….

Comme beaucoup de niches remplies de passionnés, l’eSport n’a d’yeux que pour sa propre croissance. Toujours plus de reconnaissance, plus de moyens, plus de couverture médiatique. Chaque avancée étant vue par ses différents acteurs comme une victoire méritée, mais qui au fond n’est qu’un pas de plus vers…. mais vers quoi exactement ? La démocratisation ? popularisation ? une reconnaissance accrue ? Qu’entends on exactement par cette formule reprise à tord et à travers :  « Faire avancer l’esport » ?

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Le manque de moyens a toujours été la rengaine de l’esport. Une fatalité pour certains, un challenge pour d’autres, ou parfois juste une excuse. Nous atteignons aujourd’hui des sommets en terme de budget alloué pour des structures gaming, des organisations et leurs compétitions. Nous touchons des doigts des chiffres qui auraient fait rêver n’importe quel organisateur il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui nous y sommes, oui.  Mais à quel prix ?

Car oui, l’esport est un monde à part, mais peut-être pas au point de réussir à attirer des capitaux sans changer profondément. Quand une entreprise effectue une levée de fonds, des actionnaires entrent au capital et en fonction des parts, la gouvernance change.  Les acteurs de la scène se sont débattus pendant des années pour attirer et captiver plus de public. A une époque, franchir une dizaine de milliers de spectateurs sur un relai TV d’un jeu était une satisfaction, aujourd’hui c’est une obsession. Les managers des structures s’auto congratulent sur twitter et autres à chaque record, comme s’il s’agissait d’une course effrenée, mais dont personne ne sait vers ou elle va ni quand elle s’arrêtera.

Pour atteindre ces records, les acteurs savent qu’ils doivent naviguer avec le meilleur bateau, et c’est ainsi qu’ils sautent d’un titre à un autre, et quittent le navire dès que le dernier né prend l’eau ; un éditeur qui réduit son support, une communauté qui se contracte, la moindre faille dans l’édifice est observée à la loupe.

Seulement voila, pour séduire le plus grand nombre de spectateurs, il faut faire des concessions. Nos chaines télévisées et émissions radios préférées le savent, et aussi cher que l’esport puisse nous être : il n’est pas spécial au point d’échapper à une vulgarisation. Ce qui est vrai pour les plus grandes chaines TV, le sera (ou l’est déjà ?) pour l’esport. Il n’y a pas de secret.

Au fond, les gens qui il y a quelques années se plaignaient du manque de moyens et de médiatisation, ont à première vue eu ce qu’ils voulaient. Mais ils vont vite se rendre compte que ceci n’est pas sans compromis, et peut-être même qu’au fond, ils se plaisaient dans leur statut de marché de niche. Certains se plaindront du manque de profondeur des nouveaux titres, des débats interminables ont eu lieu : sur le skillcap, les courbes de progression, ou encore la capacité à attirer et garder des nouveaux joueurs. Oui mais, leur répondra-t-on, l’esport n’a jamais été aussi populaire ! Comme si l’esport était un artiste de rue montant qu’on voudrait absolument faire monter sur une scène. Peu importe ce qu\’il chante, il est enfin arrivé en prime time. Et ce n’est que le début.

Pour rappel, les échecs sont pratiqués à haut niveau depuis des siècles, sa médiatisation n’a guère évolué ces dernières années, cependant le jeu en lui même se porte très bien. La plus grosse compétition se contente d’un confortable prizepool de 2.5 Millions de $. Pourquoi il en serait autrement dans l’esport, d’où vient ce désir de croissance à tout prix ?

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Le spectre de l’esport en tant que pur objet marketing se rapproche de jour en jour. De tout temps cette scène a eu tendance à chercher des raccourcis pour se financer, plutôt que de pérenniser (c’est d’ailleurs la caractéristique principale d’une bulle en finance), et c’est ce qui a souvent freiné son développement. Seulement, jusqu’à présent, à chaque fois que de tels raccourcis et financement courts termes sont apparus, le contenu esportif en tant que tel ne changeait que très peu. Mais cette fois c’est différent.La main tendue des éditeurs est séduisante, mais la main de fer dans le gant de velours se ressererra plus vite qu’on ne le pense.

Quand un partenaire engage des fonds, il exige des résultats mais surtout pose ses conditions. Et ça peut vite déraper. La chasse insensée aux copyrights par le CIO pendant les JO de Londres via son LOCOG (London Organising Committee of the Olympic and Paralympic Games) et sa brigade des marques est là pour nous le rappeler.

Beaucoup grincent des dents, mais personne n’a les moyens de cracher dans la soupe, surtout à la vue des prometteurs capitaux susceptibles de déferler. Ils ont attendu et lutté trop longtemps pour se priver de ces moyens, alors ils y vont. Pour reprendre l’analogie avec une fourmilière, je dirais que les fourmis ont trouvé du miel et qu’elles passeront par tout les chemins pour y arriver. Gare à l’engluement.

Je ne me risque pas souvent aux comparaisons avec le monde sportif qui sont souvent caduques, mais s’il y en a une, j’aimerais que l’esport reste le rugby, et cesse d’essayer de devenir le football.

esport, s’il te plait, ne vends pas ton âme…

25 COMMENTAIRES

  1. Mais l’esport est une bulle. Ou une plutôt une machine à bulle, tous les dix ans, la bulle qui en sort n’est que plus grosse que celle qui c’est précédemment envolée.
    Générationnellement, nous sommes les premiers à avoir l’occasion d’assister à plus de deux paliers esportifs car il sont suffisamment relayés et importants pour être visibles.

    Et comme tu le dis, socialement il est intéressant de regarder chacun y évoluer, cependant j’ai du mal à comprendre ton souhait, la compétition de jeu-vidéo en tant que pratique ne peut exploser que par le biais de quelques disciplines et non en tant qu’une seule discipline unique reine de la compétition, qu’elle soit physique ou non.

    • Cet article et ton commentaire Kdk me donne de plus en plus envie de me lancer dans un meta-billet. Je verrais ça à mon retour de vacances. Pour l’instant FERIAA !! :)

    • Tu dis que l’esport est une bulle, mais c’est quoi l’esport ? Est ce que regrouper dans le même « sac » des titres populaires comme LoL ou DotA, avec un éditeur omniprésent et des jeux plus confidentiel est vraiment pertinent ?

      Pour prendre un exemple concret, j’ai pas l’impression que les budgets affectés à CS:S aient jamais été « bullesque » par exemple. Alors certes, la scène a jamais été énorme, mais elle a très bien survécu pendant plusieurs années et était assez peu dépendante des désidérata économiques/marketing des « grosses » entreprises.

      • C’est vrai que tu n’a jamais pu assister à cette conférence :D
        L’esport est la pratique de la compétition de jeu-vidéo. Nul besoin de diviser les jeux ou les supports. L’esport est d’origine compétitive, humaine; elle ne vient pas du jeu-vidéo, elle l’utilise comme terreau.

        Donc oui, à mon sens, regrouper des jeux, ensemble, sous la bannière d’une pratique et en expulsant des traits divisibles (quitte à les remettre ensuite) est logique. Pour saisir la pratique, il faut d’abord prendre le tout, le point commun. Ici, c’est les jeux-vidéo et la compétition, c’est tout; éditeur ou pas, argent ou pas, quelque soit la forme des IHM, la compétition utilisant le jeu-vidéo est possible.

        Concernant l’utilisation du mot bulle, j’ai parlé d’envol, non d’explosion. Historiquement, l’esport à connu des paliers tous les dix ans et plus que jamais nous sommes dedans. Il ne faut pas prendre le mot bulle au sens financier du terme, je l’utilise plus comme un représentant de volume.

        Je considère aujourd’hui (à plus ou moins 2 mois des 41ans de l’esport) que nous sommes dans une valeur élevée de cette bulle, qu’elle va atteindre ses limites et que nous allons passer un nouveau palier générationnel pour l’esport. Le soufflet va retomber doucement (la bulle s’envoler), la particularité ici, c’est qu’il y à une singularité possible pour ce palier (une explosion en terme de popularité qui affectera l’usage en volume), mais j’ai de gros doutes quand au fait qu’elle arrive. A mon avis, c’est plus pour la prochaine. Ou celle d’après.

  2. La comparaison avec les échecs est très pertinente, et l’article m’a fait réalisé une chose : si dans l’esport, les moyens sont là (ils pourraient être plus important, certes), la crédibilité ne l’est pas. Car au final, « faire avancer l’esport », a tout prix, n’est-ce pas tout simplement ce rêve de gosse, celui de dire « Je fais de la compétition de jeu vidéo » et de ne pas être taxé de « geek » (mot au combien galvaudé), d’associal ou de poids pour la société ?

    Celui de voir son travail effectué bénévolement récompensé ? Comme si la rédaction des articles n’était plus un plaisir mais une tâche a effectuer, un boulot comme un autre. Ces « boulots »(rédacteurs, manageurs, joueurs) existent car des gens prenaient plaisir à le faire bénévolement. Maintenant, ils voudraient devenir de vrais boulots, être crédible.

    Au final, l’esport, c’est le reflet de quand ses acteurs étaient gamins « Non maman, je peux pas mettre en pause, c’est sérieux, je dois finir ce niveau ! ». L’esport ne devrait plus être une passion, mais quelque chose de sérieux. On nous explique qu’il faut trouver un boulot qui nous plaise. Certains aimeraient s’en trouver dans l’esport. D’autre, briller en société. Échapper à l’image du nerd boutonneux pour devenir la star de la recrée.

    Mais au final, lorsqu’on est un nerd boutonneux, on s’éclate aussi, et même bien plus, dans ce qui nous passionne.

    • Je ne pense pas que la plupart des bénévoles voudraient voir leur travail récompensé (financièrement parlant j’entends), en tous cas pas leur travail actuel et pas les « vrais » bénévoles, pas ceux qui volent sans arrêt vers la structure la plus « offrande » ;)

      Par contre ce qui est a mon avis vrai, c’est qu’en tant que bénévole, donc produisant du contenu (événementiel pour les LAN, écrit, sonore, graphique ou vidéo, qu’importe) sur ton temps libre, tu te rends fatalement compte que ledit temps libre et les moyens sont limités. Or produisant sur un domaine qui te passionne, forcément tu veux donner le meilleur, écrire le meilleur dossier, faire la meilleure movie, une LAN de ouf, tu acquiers petit à petit une exigence qualitative que t’avais pas forcément au début… Mais qui est très difficilement conciliable avec les moyens/temps dont tu disposes. Surtout quand a coté t’as des production comme Iron Squid ou TI3, avec une réalisation de fou, qui mettent une barre très haut.

      Sauf que ce type de comparaison est forcément biaisé, entre du contenu produit sur quelques heures « volées » dans une semaine et un job produit par une équipe composée de plusieurs personnes à temps plein… La passion et la motivation sont importantes, mais ne peuvent pas remplacer complètement 12h de taf par jour, ou du matos vidéo pro à plusieurs k€.

      Du coup ledit bénévole est face à un dilemme : accepter que fatalement ce niveau qualitatif soit à jamais inaccessible (ou alors dans très longtemps), ou espérer également pouvoir y passer 12h/jour dessus, et donc en faire son métier… Mais à quel prix…

  3. Bien d’accord avec les commentaires précédents.

    D’un côté c’est fou de voir le peu de crédibilité que continue d’avoir la pratique des jeux vidéo en compétition. Les gens trouvent ça normal d’avoir des compétitions d’échecs ou de belote mais te considèrent comme un attardé si le support de compétition est un clavier et une souris par écran interposé. Les arguments ont beau les frapper (ils savent plus quoi te dire), ils vont continuer à croire que c’est idiot et que ça n’a pas de raisons d’être !
    Et à côté de ça, tous les jeunes (16/18ans) que je côtoie jouent à LoL et regardent de plus en plus de streams de compétition.

    Pour parler des bénévoles, le plus triste c’est de voir tous ces gens qui ont fait tourner des lans, créée les outils, organisé les tournois qui sont complètement oubliés alors que ce sont bien eux à l’origine de tout ça. Le monde bénévole a effectivement longtemps été rempli d’un bon nombre de gens très talentueux, dommage que la quasi totalité n’ait pas pu prendre le train au passage et soit retombé dans l’oubli (et encore je parle que de ce que je connais, il y en a un paquet dont j’ai surement même pas soupçonné l’existence) :(

    • Hop hop hop, je te trouve dur avec les bénévoles.

      aAa a effectivement perdu tous ses supers bénévoles actifs, dont certains sont devenus professionnel dans un milieu plus ou moins proche d’ailleurs (comme dit dans les commentaires de l’article précédent, nomalz (noside) ou les gas de VDm).

      Mais il reste plein de sites qui tournent exclusivement grâce à des bénévoles, InEsportWeTrust pour commencer, Vakarm pour enchainer et après on peut faire le tour d’un gros paquet d’organisateurs de LAN qui continuent …

      • C’est sympa de faire passer IEWT comme une référence dans le bénévolat, devant même VaKarM. Je suis sur que les statistiques du blog les font rêver ! <:o)))

      • Je pense que Fistor voulait surtout parler du manque de reconnaissance qu’a le public pour les gens qui étaient à l’origine des LANs et du développement de l’esport en général.

        Et surtout du fait que sans ces gens la des sociétés actuelles n’existeraient pas.
        Et que ces mêmes sociétés veulent t’apprendre quelque chose que tu fais bénévolement depuis 12 ans ;)

        Les choses vont vite à tous les niveaux dans l’esport comme l’a dit Lepo, et en voila un exemple.

  4. En ce qui concerne ta conclusion, la comparaison est juste avec le football, et personnellement, je vois en l’esport actuel une trajectoire commune avec des choses que l’on voit dans le foot au niveau amateur.

    Le grand problème, c’est que esport (et donc plus globalement jeux vidéo) et football ont un grand point commun : ce sont des pratiques de masse, dans lesquelles la part de passionnés se fait écraser « par la masse » (de nouveaux adeptes, mais aussi de sponsors et de tout ce que ça entraine). C’est probablement pour cette raison qu’on voit un phénomène commun : une espèce de tendance des « anciens » à mettre en avant leur côté « oldschool » pour se démarquer des nouveaux, un peu comme les passionnés de foot renient l’arrivée des « footix ».

    Bref, ce commentaire foireux est aussi et surtout là pour montrer qu’en théorie, les prochains commentaires seront aérés et plus faciles à lire ! :)

    • Mouais, après on a aussi une part de responsabilité là dedans. C’est aussi à nous (les « vieux »/ »anciens »), de ne pas se réfugier dans notre tour d’ivoire et de ressasser sans arrêt un passé révolu, mais d’accepter certains compromis, certaines évolutions pour avancer, encadrer, expliquer et accueillir ces « nouveaux ». Leur montrer qu’au final on est bien mieux à faire du rugby que du foot ;)

      Surtout que quand tu rejoins/débarques dans un groupe, le mimétisme est très fort : si tout le monde s’insulte continuellement, les chances sont grandes qu’un nouveau prenne le même travers.

  5. Super article !

    « Le spectre de l’esport en tant que pur objet marketing se rapproche de jour en jour.  »

    Ça l’est déjà, rien que par le fait des équipes filles. On est purement dans du marketing et cautionné par beaucoup (organisateurs d’events / structures) car source d’entrées pécuniaires.

    Riot et ses LCS est aussi aujourd’hui sa source marketing pour grandir, grossir. Quoi de mieux que de contrôler son image, ses compétitions. Marketing … On prend la même direction avec Blizzard. Tu ne souhaites pas que l’esport deviennent foot, pour LoL, c’est déjà terminé. Et pour avoir les joueurs les plus pro possibles, intéressés, motivés, investis ou autre adjectif quelconque ce n’est plus une question de passion, rêve, plaisir comme ce l’était avant, aujourd’hui, c’est « Combien ? », « Vous me donnez quoi ? ». Et ça se ressent à tous les niveaux, même les joueurs aujourd’hui d’un niveau moyen aspirent à ce qu’ils soient récompensés comme les pros.

    J’ai des anecdotes croustillantes sur quelques personnages de la scène esportive française depuis quelques joueurs français, SC2, LoL ou CS depuis que je suis chez LDLC (3ans). Si on devait parler des dérives que tu ne souhaites pas voir, je pense que hélas, le train est déjà passé.

  6. Merci pour cette avalanche de réactions, je ne m’y attendais pas !

    Je rejoins KdK sur l’existence de paliers et les similitudes avec une bulle.

    Tout à fait d’accord avec Sekyo sur le danger de s’enfermer et ressasser en bons has-beens.
    C’est déjà un peu le cas je pense, et malheureusement je tends à penser que ce blog est un repère :D

    Cnd, je sais bien et je m’en suis rendu compte, disons juste que j’y suis allé molo dans l’article :)
    Le fait que beaucoup de joueurs de niveau moyen estiment que tout leur est du car ils ont été habitués à l’esport vache laitière est assez cocasse.
    C’est comme si un joueur de pétanque de niveau régional faisait sa princesse pour de la dotation, sauf que de suite,
    ca serait beaucoup plus ridicule et on se rendrait compte de la supercherie.

    Ce qui me dérange dans l’évolution actuelle, c’est de voir les grosses structures organisatrices
    comme des clochards à qui on a donné une pièce.
    C’est littéralement : On te laisse galérer pendant des années sans aucun ou presque intérêt, puis maintenant tu vas avoir
    du budget, mais tu vas faire ce qu’on dit.
    Ca me fait mal de voir les grosses structures europénnes devenir des quasi sous-traitant des éditeurs.
    Ca va devenir ni plus ni moins que des branches opérationnelles.

    Par rapport à ce que disait spdy ou fistor, l’idée dans cet article n’était pas de faire passer une ancienne génération de bénévoles pour des cosettes (même si dans certains cas ce sujet me tiens à coeur)
    Mais puisqu’on y est ; j’ai vu des gens travailler corps et âmes pendant des années à essayer d’être freelance et de vivre de l’esport, galérer à joindre les deux bouts, face à des éditeurs et une industrie du jeu vidéo complètement hermétique et ne comprenant pas son propre intérêt dans la chose.

    J’ai un peu l’impression de voir l’industrie de la musique et les mp3/téléchargements, sauf que dans notre cas
    il y a eu réveil et prise de conscience peut-être.
    J’imagine que c’est aussi générationnel, il a fallu attendre que des gens passionnés et ayant connaissance du potentiel du secteur soient en age et en compétence de rejoindre certaines marques/entreprises.

    Beaucoup ont finalement lâché le morceau juste avant qu’une palanquée d’emplois se créent sur le secteur.
    Alors qu’ils avaient le potentiel pour réaliser de belles choses une fois à plein temps.
    Clairement, j’ai un peu un goût amer pour ces gens la.

    Pour faire simple, j’aurais aimé que ce qui arrive maintenant arrive un poil plus tôt, pour que plus de pionners
    récoltent un peu du fruit de leur labeur, au lieu de voir des casters aux cachets presque indécents pour l’esport se pavanner sur des streams comme s’ils sortaient de la cuisse de jupiter.

    Des fois je me dis que nous réagissons comme des pré-pubères face à un groupe de rock « han je n’écoute plus c’est trop commercial ».
    Ca se ressent dans la pléthore de comparaisons faciles ; blockbusters hollywodiens et cinéma, justin bieber et musique, football et sport ;)
    Sekyo s’est lancé avec Mozart récemment.
    Et d’ailleurs à ce propos, en citant un dirigeant de Nadeo
    « Il ne faut pas confondre le piano et un morceau de Mozart. Mozart, ce seront les joueurs, vous verrez ;) »

    Sauf que Mozart ne sonne pas pareil sur un clavier fisherprice et un Steinway.

    Bref, le robinet à dollars à été ouvert d’un cran, tant mieux pour l’esport.
    J’aurais juste aimé que ca soit plus mérité, sur un modèle un peu plus sain.

    Mais c’est en ca que l’esport est une fourmilière, c’est intéressant de voir ces changements dans un milieu.

  7. « Pour faire simple, j’aurais aimé que ce qui arrive maintenant arrive un poil plus tôt, pour que plus de pionners récoltent un peu du fruit de leur labeur, au lieu de voir des casters aux cachets presque indécents pour l’esport se pavanner sur des streams comme s’ils sortaient de la cuisse de jupiter. »

    ;)

    • Ceci étant j’ai pas réagi sur le coup à ce passage, mais c’est pas spécifique à l’esport ce phénomène. Les pionniers sont au final assez rarement ceux qui « profitent » à fond de leurs « découvertes ». Trop en avance sur leur temps, pas assez le sens des affaires.

      Microsoft et Apple ont bien plus exploité la souris et l’interface graphique pourtant inventée par Xerox…
      Rockefeller a sans doute bien plus profité de la ruée vers l’or noir que Drake…
      Etc…

  8. Ce morceau est épique ! :D Après SekYo qui comparait CS et CoD à Mozart et PSY, je crois que c’est le second vrai « hero comment » d’IEWT. J’approuve ! :D

  9. Niveau médiatisation, pour moi l’E-Sport est un cas unique. Le fait qu’il englobe une multitude de jeux pose je pense un problème pour un média généraliste comme la télévision. Comment couvrir et rendre intéressant une discipline aussi « volatile » (beaucoup de jeux, de compétitions et de joueurs différents) quand il faut de l’autre côté respecter la ligne éditoriale de la chaîne, et peut-être aussi un impératif de lisibilité sur du long terme (2/3/5 ans?). Je ne veux pas faire l’avocat du diable, mais ce n’est pas une équation facile à résoudre.

    PS : pour l’idée de méta-billet, un podcast audio ça ne serait pas mieux?

    • La différence majeure entre sport et esport (la question de la propriété intellectuelle des jeux) fait qu’il n’est pas vraiment possible de parler de l’esport comme un phénomène unique et global. La (re)prise en main de LoL et de SC2 par Riot et Blizzard ne fait que renforcer ce espèce d’isolement des jeux de plus en plus prononcé. Donc oui, c’est quelque chose qui est compliqué, et qui le devient de plus en plus. C’est un peu comme si une TV qui voulait diffuser l’IAAF Diamond League devait négocier les droits avec chacune des disciplines de l’évènement.

      Pour le méta-billet… Ouais, une table et plein de micros autour serait l’idéal, mais bon :D

        • Comme l’a dit Aks, le Ritz est fermé. Mais j’ai de quoi accueillir toute une fournée de gens si quelqu’un à une table de mixage et des micros, et il y aura des tables et des chaises :)

          Pour cela les compétitions sont divisés en saisons de 8 à 10mois. La télévision en tant que médium ne pose pas réellement de soucis, c’est en effet le média qui doit être en accord avec ce qu’il achète ou produit comme programme télévisuel. Cependant, j’aimerais offrir une porte de secours. Aujourd’hui, et bien que la part de la télévision dans le monde augmente, « regarder la télévision » ne veux plus dire la même chose qu’il y a 10 ou 20ans, l’éclatement de la famille et l’explosion de la consommation en terme d’écran personnel (et je ne parle même pas de second écran) bouleversent les schémas tels que nous les connaissons.
          Consommer un programme télévisuel se fait aujourd’hui seul dans un parc sur YouTube autant qu’étant passager dans une voiture en VOD, le dénivellement de la chronologie des programmes (exception culturelle franco-française au passage) fait clairement vaciller l’ensemble de la chaine de production audiovisuelle ce qui favorise une consommation adaptée à la personne.

          Demain, le création de programme de forte qualité (nuance entre du YouTube amateur et du YouTube semi ou professionnel) fera contrepoids sur une production globalisée, normalisée en d’autres termes : formatée. Je ne dit pas que l’un ou l’autre va gagner, aujourd’hui, les tendances montrent clairement une rupture générationnelle (les moins de 24) quand à la façon de concevoir ce que veux dire « regarder la TV ». Si demain une chaine hertzienne (au sens écran principal du foyer) ne propose pas un contenu que cherche le consommateur, ce dernier sera en mesure de « zapper » au sens propre et figuré, changer d’écran et de créateur de contenu pour regarder ce qu’il attends.

          En cela, la ligne éditoriale d’une chaine de TV sur l’écran principal perds de son importance. Elle devient aussi caduque qu’une émission de couture sur n’importe lequel des streaming dédiés à l’esport à 21h. Car le consommateur pourra zapper pour trouver ce qui l’intéresse (et il n’a pas attendu pour le faire).

  10. « Je ne me risque pas souvent aux comparaisons avec le monde sportif qui sont souvent caduques, mais s’il y en a une, j’aimerais que l’esport reste le rugby, et cesse d’essayer de devenir le football. »
    On fait déja une différence. On parle beaucoup de LoL, SC2, StarCraft, CS:GO et autres dans la sphère de l’eSport, mais qu’en est-il des jeux de combat et d’arcade ?
    A côté de l’influence et de l’engouement porté à LoL, on passerait presque les plus grosses compets comme des Ligues des Champions et les meilleurs compétitions de jeu de baston comme la Pro A de volley-ball.

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