L’argent dans le sport électronique : mauvaise foi ou schizophrénie ?

L’argent dans le sport électronique : mauvaise foi ou schizophrénie ?

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Alors que nous sommes désormais à tout petit peu moins d’un mois du coup d’envoi de la saison 6 des différents championnats régionaux sur League of Legends (qui auront lieu sur 4 jours, du 13 au 16 janvier), les équipes tentent de boucler leur recrutement afin de commencer au plus vite leur préparation.

Une chose est claire, le mercato a été très animé à l’issue des finales mondiales, aussi bien dans les rangs de ceux qui n’ont pas pu s’y qualifier que tout en haut de la hiérarchie mondiale, jusqu’aux ogres SKT.

Plusieurs raisons quant à cette agitation : l’envie pour les équipes de préparer une grosse performance dans la saison à venir, et pour les joueurs de trouver la bonne écurie… C’est à dire être correctement entouré, et rémunéré le mieux possible, et c’est ce qui aujourd’hui fait débat.

Les AllStars 2015 : le feu plus fort que la glace
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L’argent, au-delà de son rôle premier, est aussi un indicateur de développement utilisé pour montrer la croissance de l’industrie esportive. Professionnels, journalistes, joueurs et fans, tous reprennent en cœur les mêmes chiffres sur le poids de l’industrie esportive, ou sur le développement des cashprize, entre autres. Tout ça se fait par analogie avec la manière dont on regarde le sport traditionnel : plus le sport est développé (dans le sens « mainstream »), plus les sommes en jeu sont importantes. Une différence majeure qui existe actuellement entre sport traditionnel et esport vient des sources de financement.

Dans le sport traditionnel, l’essentiel des sommes colossales en vient des droits de retransmissions payés à prix d’or (6,92 milliards d’euros par exemple pour les droits de la Premier League de football anglaise, sur la période 2016/2019) par les diffuseurs, eux mêmes en mesure de payer ces sommes grâce à la publicité. Le reste des fonds provient du sponsoring, ainsi que que de ce que le public dépense (billetterie, et merchandising). Au final, les gagnants de ce système sont les clubs, et bien évidemment les joueurs, dont les salaires sont plus facilement revus à la hausse dans des ligues ayant un tel poids économique. C’est comme ça que marche le sport professionnel aujourd’hui, et les fans le comprennent.

Dans l’esport, la situation est différente, puisque nous en sommes encore qu’à la préhistoire d’un tel développement. Dépendance historique au sponsoring, qui a longtemps été la seule véritable source de revenus, mais atténuée par l’arrivée du streaming, mise en place progressive de partenariats de retransmission (rappelez-vous, l’affaire des WCS en français), développement poussif du merchandising (qui permettent d’être swag)…

Dans la régie de la DreamHack Summer - Photo by Carl Oscar Aaro.
Dans la régie de la DreamHack Summer – Photo by Carl Oscar Aaro.

Pourtant me direz-vous, l’esport commence à brasser pas mal d’argent. Oui, mais contrairement au sport traditionnel, le consommateur, c’est à dire celui qui regarde de l’esport, est ici au centre du système. Qui paye les abonnement de chaînes de streaming ? Qui finance les multiples crowdfunding, dont certains scandaleux ? Qui a fait qu’un tournoi comme The International 5 a vu son cashprize grimper jusqu’à plus de 18 millions de dollars ? Toujours le fan…

Ou voulons-nous en venir ? Et bien ce sont les mêmes qui se servent des chiffres de l’argent dans l’esport (un milieu ou les chiffres sont rarement donnés au public) pour montrer sa légitimité, voire même ceux qui donnent, qui sont aujourd’hui ceux qui trouvent scandaleux que des joueurs partent tenter leur chance dans des ligues qui payent mieux, sous-entendu ici les LCS NA. Il serait donc normal qu’il faille toujours plus d’argent, mais anormal que les joueurs cherchent à croquer leur part du gâteau ?

Il est donc reproché à ces joueurs de tenter leur chance en NA (les ex-fnatic Huni et Reignover notamment, pas épargnés par les critiques), une ligue prétendue plus faible. Alors certes, quand le joueur justifie ce transfert en déclarant que c’est en partie pour les restaurants américains, on a envie de lui dire qu’il est préférable d’assumer… ou alors de se taire. Mais quand bien même…

Lors de la saison 4, deux équipes NA avaient pris place dans le top8, quand les trois équipes européennes avaient fini autour de la 10è place. Les choses vont très vite d’une saison à l’autre, voire même d’un split à l’autre. Les pronostics sont rarement vérifiés -qui aurait prédit deux équipes européennes dans le top4 cette année ?-, et des équipes comme TSM, compte tenu de leur recrutement, pourraient se retrouver proches de la ligne d’arrivée à la fin de la saison 6…

Fnatic-YellOwStaR-HuniLa carrière d’un joueur professionnel est courte, seulement une poignée d’années. Certains, comme Yellowstar ont déjà tout prouvé, et même réalisé des petites prouesses (la saison régulière de la saison passée par exemple, avec une équipe toute neuve, jusqu’au podium mondial). Même si le choix sportif est discutable (ce qui reste d’ailleurs à prouver pour notre support français), l’implication nécessaire de la part des joueurs fait que le choix financier ne peut être remis en question.

Souvent, l’âge des joueurs fait qu’ils ont été contraints à faire un choix, celui de privilégier leur carrière de joueur à d’autres voies, celles d’études longues par exemple. A l’instar de celle du sportif traditionnel, la carrière du gamer peut s’arrêter brusquement, rapidement. Alors autant en profiter, et peu importe des qu’en-dira-t-on ?

Vous n’êtes pas d’accord ? Et bien en attendant, vous pouvez toujours aller acheter quelques RP de plus, ou donner plein de tips à votre streameur(se) préféré(e)… puisque cela ne semble en revanche choquer personne.

3 COMMENTAIRES

  1. C’est pas forcément les même qui râlent sur les deux points hein…. Spa parce que y a deux topics contradictoires qui font le top reddit que ce sont les même qui upvotent.

  2. Je ne vais jamais sur Reddit… :) Je me suis basé sur tout ce que j’ai vu sur les sites d’actualité esport « classiques », et au final il en ressort que quand ça parle de ces transferts, c’est sous forme d’une critique, comme avec un footeux qui part jouer dans un pays exotique ou ça paye

  3. Est-ce que l’argent est un problème? À la base non, mais quand on assiste à une surenchère « brutale » depuis quelques moins, on est en droit de se demander si au final la compétition ne va pas en pâtir. Après on est France, pays où il est notoirement déconseillé de parler argent…

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