Jours de finales

Jours de finales

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Cet article est un billet d’humeur, au lendemain de deux événements majeurs : le premier sur la scène sportive (finale de la Coupe du Monde de rugby), le second sur la scène esportive (finale des Worlds S5 sur League of Legends). C’est ici l’occasion de mesurer le progrès du second, mais aussi le chemin qu’il lui reste à parcourir pour être considéré au même titre que le premier, lui-même encore loin des sports les plus populaires du monde.

Hier, samedi 31 octobre aux alentours de 17h20, Paris. A pied, sur le chemin du retour à la maison, les Grands Boulevards et ses nombreux pubs. A chaque passage devant les terrasses de ces établissements, une sensation de déjà vu : une foule mixte et compacte, bière en main, face à un grand écran qui diffuse la rencontre entre All Blacks et Wallabies. Sont-ils tous des fans de rugby ? Evidemment pas. Connaissent-ils tous au moins les règles du rugby ? Probablement pas. Peu importe, les vertus socialisantes du sport ne sont plus à démontrer, et nombreux sont ceux qui ont décidé d’en profiter pour se rassembler dans ces nombreux pubs.

Pendant ce temps, quelque part dans un stade à Berlin, SKT mène déjà 2 à 0 contre KOO Tigers dans un BO5 qui conclut près d’un mois de la plus populaire des compétitions de sport électronique. Un petit peu moins de 20000 personnes dans la salle, quelques millions d’yeux supplémentaires sur les streams en plusieurs langues, et… quelques regroupements de fans à Paris. Quelques centaines de personnes ont fait le choix de se rassembler à la Maison de la Mutualité, dans le Ve avec le crew O’Gaming. D’autres ont décidé d’aller partager des bières au Belushi’s, ou au Meltdown.

belushis-gare-du-nordL’esport n’est pas encore rentré suffisamment dans les mœurs pour les pubs diffusent ces rencontres, même les plus importantes. C’est de ce constat que s’est lancé le principe barcraft il y a quelques années, mais un principe qu’on est petit à petit en train de dépasser. Le mètre étalon de cette évolution, c’est le Meltdown Paris. Parti de son petit local à République, et son ambiance familiale, il est arrivé dans son local de 300m² à Bastille. Suffisant ? Non, et aujourd’hui les rassemblements parisiens qui sont principalement organisés par O’Gaming se font au Belushi’s GDN et ses 850m². La logique de cette évolution de la demande, c’est qu’il sera bientôt impossible de rassembler les gens sur un endroit unique. Alors, peut-être qu’il sera l’heure pour les pubs de se lancer dans la diffusion des matchs d’esport.

Peut-être que dans 4 ans, si ces deux finales ont lieu le même jour, alors c’est du LoL que je verrai, en passant devant ces vitrines. Pourquoi pas ? Il y a quelques années, on a commencé à être assez nombreux pour se rassembler dans des bars, aujourd’hui, on commence à être un peu trop nombreux pour rentrer dans un seul et même endroit. Il y a 4 ans, un million de viewers ont vu les finales de la saison 1, alors que l’an dernier, ce chiffre était multiplié par 27. Hein, pourquoi pas ?

Oui, mais non. Il ne faut pas vouloir aller trop vite en besogne, et c’est l’une des choses que Nicolas Cerrato a rappelé dans son intervention à l’eSport Summit. Au chiffre des audiences des Worlds que beaucoup aiment relayer pour donner une légitimité à l’esport, on peut accoler ceux de la Coupe du Monde de rugby : environ 2,5 millions de personnes dans les stades, 150 millions de téléspectateurs devant la finale, et une audience cumulative qui devrait monter jusqu’à… 4 milliards de téléspectateurs pour l’ensemble de la compétition. On aime bien comparer l’audience globale d’un mois de Worlds avec les audiences d’événements tels que le SuperBowl. Forcément, quand on compare des choses comparables, on se rend compte du chemin qu’il reste à parcourir.

Devant la vitrine de ce pub, j’essaie simplement de me dire qu’on ne joue pas dans pas encore dans la même division, et qu’il va encore falloir du temps pour que naturellement, des groupes d’amis se rassemblent dans des pubs afin de regarder un match de CSGO comme ils iraient voir un match de football ou de rugby. Que naturellement, j’arrête d’avoir cette petite appréhension quand je dois expliquer à des gens j’aime bien les compétitions de jeux vidéo, ce truc qu’on appelle esport.

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