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CS:GO, une offensive pas si globale

Après un an et demi d’existence, CS:GO vient d’ouvrir la porte battante du saloon appelé “Esport” d’un grand coup de rangers. Pratiquement 150 000 spectateurs pour la finale de la DreamHack Winter, voilà qui va faire réflechir tous les grands organisteurs de tournois. Si LoL et DotA 2 restent à un autre niveau en terme de spectateurs, le dernier né de la dynastie Counter-Strike vient de battre tous les records de sa franchise à Jönköping : plus gros cash prize (250 000 $) et plus grand nombre de spectateurs. On peut également ajouter l’augmentation énorme des joueurs uniques en novembre : +300 000, pour un total de 1 550 916.

CS:GO semble avoir un bel avenir, mais s’il y a bien une chose qui lui manque par rapport à CS 1.6, c’est de posséder une scène vraiment mondiale. L’exemple le plus parlant étant le top 8 de l’ESWC 2006, composé d’équipes venant de 4 continents différents. Lors de la dernière DH Winter, premier tournoi majeur CS:GO, il y avait 14 équipes européennes pour 2 équipes américaines. Pour le côté global, on repassera.

Sauf que Rome ne s’est pas faite en un jour comme disait l’autre, alors un petit état des lieux s’impose. Continent par continent, du plus actif au plus désertique.

L’Europe, terre sacrée des Cseurs

Counter-Strike a toujours été un truc d’européens. Cette scène a été la plus active du monde que ce soit sur 1.6 ou sur Source, et CS:GO ne déroge pas à la règle. Presque tous les grands tournois sont organisés chez nous, les meilleures équipes sont ici… Bref, pas grand chose à dire, l’Europe est au top.

fnatic-dreamhack-csgofnatic après sa victoire face aux NiP à la DreamHack Winter 2013 (source : DH.se)

L’Amérique du Nord, le géant brisé

Aux tous débuts de CS, l’Amérique du Nord (en gros les USA), se voyait comme le grand rival de l’Europe. Au final, les Américains se sont toujours vus plus forts qu’ils ne l’étaient réellement, mais ils ont remporté quelques tournois majeurs sur 1.6 (2 pour 3D, 2 pour coL). Ils bénéficiaent alors de l’organisation des deux CPL annuelles, qui étaient jusqu’en 2006 les deux plus grands tournois de l’année. Dans un double bracket de malade à 128 équipes, les Américains (et 2-3 Canadiens) se pointaient en masse, et il y avait toujours un mix bien skillé pour finir dans le top 8.

La scène américaine était donc bien structurée : la CAL (ligue online de la CPL) occupait les équipes entre deux CPL qui servaient d’objectif ultime. Ce système en faisait une des scènes les plus passionnantes à suivre (même si incroyablement bordélique), et le niveau était quand même très bon, il y avait toujours 4-5 équipes qui pouvaient prétendre à un bon run en CPL. En gros c’était l’âge d’or.

Et puis les CGS sont arrivés.

Deux saisons qui ont fait migrer toute la scène américaine vers Source. Du jour au lendemain, la scène 1.6 américaine est morte. Et lorsque les CGS ont débranché la planche à billets deux ans plus tard, l’immense majorité des grands joueurs américains sont passés à autre chose. Les mecs touchaient 30 000 $ par an juste en salaire avec les CGS, ils n’allaient pas se remettre à jouer pour gagner des serveurs TeamSpeak.

cgs-500000Les CGS, (trop) novateurs et (trop) grands ? Une compétition qui a en tout cas vite disparu

Heureusement, l’ESEA a quand même sauvé les meubles et il a toujours subsisté une scène 1.6 et Source, même si plus beaucoup plus rachitique qu’auparavant. Donc quand CS:GO a déboulé, les Américains ont fait la transition et c’est aujourd’hui le 2e meilleur continent derrière l’Europe. Les coL ont réussi un bon top4 à la DH Winter, Quantic avait fait top6 à la CPH. Pas encore le niveau pour aller taper le top3 monde, mais ils se défendent.

Beaucoup attendent qu’EG recrute une section CS:GO. Que la structure la plus riche du monde (selon la rumeur) se lance à nouveau dans les one-shot deagle serait évidemment un bon signe pour Global Offensive, ainsi que pour la scène américaine.

L’Asie, le dragon endormi

C’est certainement dans cette région du monde que va se jouer l’avenir de CS:GO. Pour passer un cap en nombre de spectateurs, il faut aller draguer les asiatiques. Le problème, c’est que le FPS par équipe, c’est pas vraiment leur tasse de thé, historiquement.

De 2000 à 2004 sur 1.6, les Asiatiques sont des plots. Des plots qui visent super bien, mais des plots quand même. La naissance de la scène est fixée à un match précis : la victoire des MaveN coréens sur les SK.swe de HeatoN et Potti lors de la petite finale des WCG 2004. Un événement symbolique (et une humiliation pour les Suédois) qui a contribué à booster cette scène.

ESWC 2005, tr1p martyrise les Lunatic-Hai, une action devenue légendaire. Lâm, aux commentaires, a visiblement du mal à s’en remettre

Les Coréens et les Chinois ont laissé des tags mythiques (wNv, Lunatic-Hai, TyLoo, eSTRO), des superstars (solo, enemy, Jungle, alex…) et remporté des tournois (WEG 3, WEG Masters) de 2004 à 2010 sur 1.6. En revanche pour Source, pas la peine de chercher, hormis les franchises CGS, l’Asie n’y a pas touché.

Pour le moment sur CS:GO, les Asiatiques ont participé à un seul événement : les finales du MSI Beat It qui avaient lieu en Chine. Bon alors déjà il ne reste plus grand monde de l’époque 1.6, si ce n’est un tag (TyLoo) et quelques anciennes gloires (Savage, KangTa, Rita, KingZ). Les mecs repartent de très bas et ça s’est vu puisqu’aucune formation asiatique n’a pris une map, ni aux Européens (normal), ni aux Australiens (moins normal). Bizaremment, ce sont les Vietnamiens de Legends qui s’en sont le mieux tirés, en mettant 13 rounds aux SK et 10 aux fnatic.

Pour que cette scène grossisse, c’est simple, il faut aller organiser des événements chez eux. Sans les WCG, on peut parier qu’il n’y aurait jamais eu une seule équipe CS 1.6 coréenne. Les WEG/WEM ont ensuite largement contribué à créer la scène chinoise. Rien de toute cela n’existe sur CS:GO : l’ESWC n’a pas organisé de qualifications en Asie (sauf en Inde), la DreamHack est centralisée sur l’Europe, sauf invitations. Bref, mis à part le MSI Beat It, les Asiatiques ne peuvent même pas exister pour l’instant.

Un mot également sur les clones de CS qui vampirisent la base de joueurs de team-FPS en Asie : CrossFire et NiZhan, deux jeux d’ailleurs sélectionnés aux WCG.

L’Amérique du Sud, où est passé le magot ?

Bon franchement, l’Amérique du Sud s’est toujours résumé au Brésil sur Counter-Strike, même si on avait toujours des équipes d’Equateur ou d’Argentine pour venir se faire massacrer en poule aux WCG et à l’ESWC. Donc, le Brésil : dans le classement officieux des nations sur CS 1.6, il se place 8e, ce qui n’est quand même pas rien quand on ne peut s’entraîner avec personne du fait de la distance.

Les Brésiliens peuvent donc dire merci aux différents mécènes qui ont tenu en vie leur scène Countre-Strike. Le plus important étant Paulo Veloso, millionnaire fondateur de MiBR (et papa de pava, un des membres originaux de l’équipe), qui deviendra également General Manager de Rio Sinistro, la franchise CGS brésilienne. Ce bon “Pvell” avait l’habitude d’envoyer les MiBR faire des bootcamp de deux semaines en Suède avant les grands tournois, ce qui les a amené jusqu’au titre de champions du monde en 2006.

L’existence de cette équipe servait de locomotive à la scène brésilienne, l’objectif pour tous les joueurs du top étant d’intégrer cette structure offrant des conditions idéales, et qui a eu le mérite de créer de très grands joueurs (KIKO, fnx, cogu, FalleN…). Au Brésil, il y avait toujours MiBR et une autre formation qui cherchait à les battre et se faisait piller ses joueurs quand ils y arrivaient (g3x, GameCrashers, FireGamers). La structure a fermé en 2011, laissant un vide béant qui n’a pas été comblé depuis.

Sur CS:GO, ça semblait partir pas trop mal, le légendaire cogu rejoint les Sourceux de TargeTDown, ils partent faire un bon vieux bootcamp à Inferno Online avant l’ESWC 2012. Sauf qu’ils se font éclater en poule. Ils retentent leur chance à la DH Winter 2012, cette fois ils survivent à la première phase mais se prennent l’ogre NiP en 8e et se font bouffer, comme tout le monde à l’époque.

C’était il y a un an, et depuis, on n’a pas revu une seule équipe brésilienne dans un tournoi, la structure paiN (où était parti cogu) a été dissoute et les qualifications ESWC ont été annulées. C’est d’ailleurs la dernière news relative au Brésil sur HLTV.org, et elle remonte à août. Autant dire que la scène brésilienne ne pète pas la forme.

Seul info “positive”, l’ESEA a ouvert une division sud-américaine. Et encore, c’est une équipe argentine qui l’a emportée grâce à 4 forfaits en 5 matchs !

Les restes du monde

Un petit mot sur les Australiens, qui sont quand même sympas de nous avoir prêté leur meilleur joueur (ferg!) et qui ont vu Vox Eminor finir 4e du MSI Beat It, ce qui doit être le meilleur résultat de l’histoire du pays sur Counter-Strike, toutes versions confondues.

Sinon l’Afrique est le grand absent de CS:GO, comme de l’esport en général. Il y avait une formation lybienne et une algérienne au dernier ESWC : les ETERNiTY ont inscrit 4 rounds en 3 matchs, les C3 Gaming seulement 3. Le chemin est encore très, très long.

eternity-libye-eswcLa team Eternity aux qualifications libyennes de l’ESWC 2013 (source : ESWC)

Trop long; j’ai pas lu

CS:GO est très bien implanté en Europe, et à un degré moindre en Amérique du Nord. Mais les portes d’accès pour les autres pays du monde sont pour le moment minuscules. L’année 2014 pourrait être une première marche, surtout si les IEM se décident à sélectionner le jeu. Avec des étapes organisées au Brésil et en Asie, cela redonnerait un peu de vie à ces scènes régionales. Car l’un des problèmes de CS est que les matchs online entre continents sont impossibles, au contraire de SC2, LoL et Dota 2.

Les scènes de chaque partie du monde doivent donc être beaucoup plus fortes et autonomes, elles ne peuvent pas “s’entraider”, les deux meilleures équipes américaines ne peuvent pas participer à l’ESEA Europe pour progresser comme c’est possible sur les autres jeux. 2014 s’annonce très excitant pour CS:GO, on a hâte de voir quand Valve va annoncer le prochain tournoi sponsorisé, pourquoi pas en Asie ?

Ancien rédacteur chez Team-aAa.com, aujourd'hui journaliste.

13 COMMENTAIRES

  1. Voir un tournoi sponsorisé par Valve en Asie m’étonnerait au plus haut point. Je suis même pas sûr qu’il y est le système de matchmaking là-bas. (Il est arrivé que bien après la sortie du jeu au Brésil par exemple). J’aimerais plus comprendre la politique de Valve avec Nexon et son CS:Online 2 merdique :|

    Bon tour d’horizon :)

    • Justement, c’est quoi cette merde de CSO ? J’avais vu un papier sur VaKarM dans l’été il me semble mais rien depuis… C’est toujours d’actu ? Et surtout, à quoi ça va servir, en plus de CSGO ? :o

      • CS:O est toujours très joué. CS:O2 est sorti il y’a un peu moins d’un mois, sa feature principale est “Big City” une map ou tu peux jouer à 64 joueurs avec des véhicules tellement elle est grande … Le marché asiatique est différent (sur le plan de la demande), Valve s’adapte avec Nexon qui prend en charge la franchise sur le plan local, il existe énormément de FPS F2P qui sont des clones de CS là bas avec des variantes de gameplay, de persos… Le marché est vraiment saturé.

        C’est un deal gagnant-gagnant ou Valve obtient des informations sur la marché (chiffres du modèle F2P etc…) tout en récupérant de l’argent de Nexon, il est possible que ce soit un pourcentage sur les ventes ou un contrat sur l’exploitation du nom… Ou les deux en même temps. La seule chose qui est certaine, c’est que c’est Nexon qui développe l’adaptation et édite le jeu et qu’il faut Steam pour y jouer.

        • Le passage de CSGO au F2P n’est il pas alors un pré-requis pour une percée en Asie ?(après du coup ça ferait une concurrence frontale avec Nexon, ce qui serait curieux).

        • Il faut Steam pour y jouer ? T’es sûr ? On aurait des jeux sur Steam accessibles uniquement dans certaines régions ?

        • @SekYo CS:O utilise GoldSrc, CS:O2 utilise le Source Engine. CS:GO n’est pas sortit en Asie à ma connaissance mais je ne suis pas certain de ça.

          @Dorian Oui; Oui et oui à tes trois questions. Les évènements CS:O2 (ouverture et actuellement XMas) profitent largement du système de Workshop de Steam avec les items à gagner/remporter/débloquer périodiquement.

  2. Et c’est peut-être pas plus mal au final que ce soit comme ça non ?

    Les américains ont une mentalité que je n’apprécie guère, comme dit dans l’article “les Américains se sont toujours vus plus forts qu’ils ne l’étaient réellement” , il suffit d’argumenter avec eux sur Reddit pour s’en rendre compte.

    Je regrette l’absence des asiatiques sur la scène, vu leurs acharnement a brûler SC2 ou LoL en Corée les mêmes efforts sur CSGO devraient envoyer du lourd..

  3. C’est hyper difficile de savoir si CSGO va creep en Asie… Déjà parce que comme tu l’as dit, historiquement, ce n’est pas une terre de FPS, mais aussi parce les FPS, partout dans le monde, sont dans une vague creuse.
    Est-ce que la folie MOBA qui existe depuis 3/4 ans va durer encore longtemps ? Est-ce que la chute des FPS sont dus à un manque de renouvellement dans les titres, ou tout simplement à cause d’une overdose, après les années 2000 où on en a pas mal mangé ?

    Si on pouvait avoir ne serait-ce qu’une masse de chinois, et quelques teams coréennes, comme sur 1.6, ça pourrait éventuellement motiver quelques organisateurs à revoir leur position vis à vis du jeu… A voir.

  4. Bah ça fait plaisir une news de g0rdi déjà !
    Ensuite, même si je ne suis plus la scène de très près, il me semble qu’il ai fallu attendre plusieurs années avant de voir éclore les scènes asiatiques (déjà les jeux sortent quelques temps plus tard chez eux). Laissons leur un peu de temps pour les voir performer

  5. C’est vrai que CSGO peut exister “juste” avec la scène européenne et la scène US, et puis Valve qui fournit en cash 1 ou 2 tournois par an pour avoir un majeur. La DreamHack a déjà annoncé 6 tournois pour 2014 il me semble, si on rajoute l’ESEA, la StarLadder, les EMS et une ou deux grosses LAN, ça fait déjà pas mal.

    Mais bon quand on a vu 1.6 a son âge d’or, on a envie de revoir un CS joué mondialement, c’est beaucoup plus intéressant, plus on est de fous plus on rit quoi ! Et c’est ce que je voulais raconter dans cet article.

    Pour passer au niveau supérieur, CSGO a besoin de l’Asie, comme tout jeu eSport. Mais bon comme tout le monde l’a dit, c’est pas gagné ! Peut-être que si les IEM choississaient CSGO, ça pourrait aider un peu avec leur système d’étapes partout sur la planète, mais je ne les vois pas vraiment le faire, ils battent leurs records de specs avec des tournois LoL de 2e catégorie (si je ne dis pas de conneries), pourquoi s’emmerder avec CSGO?

    • C’était fun les tournois exotiques sur 1.6 mais les temps ont changé et c’est dommage que l’article n’en parle pas.

      La MLG est toujours plus puissante aux USA et les Américains sont d’ailleurs champions du monde sur COD. Un ordinateur pour jouer à CS:GO c’est plus cher que pour jouer à 1.6 (même si on compare les situations il y’a 8 ans et aujourd’hui), et donc le jeu est plus difficile d’accès pour les régions les moins riches du globe.

      En Chine, CS:Online a pris le dessus sur la franchise plus classique mais c’était déjà le cas vers la fin de 1.6 non? Et le désamour des Chinois pour CS:GO est à nuancer, ils étaient 8 000 sur le stream CH pour la finale des EMS.

      Enfin, rien ne laisse penser que Valve souhaite changer les choses pour l’instant.

      • Très juste le coup des PC.

        J’ai pas trop d’infos sur la scène chinoise CS:O, mais en gros la scène 1.6 a disparu en 2010, donc oui c’était le cas.

        Je n’ai pas parlé de la MLG car ils ne se sont jamais souciés de CS, les FPS console ont toujours eu la part belle chez eux, à raison puisque la scène américaine a toujours été très fournie.

  6. Très bon article.
    La scène CS:GO pourrait très bien devenir aussi grosse que celle de Dota2, enfin j’espère.

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