C’était mieux avant ? Chroniques d’un vieux con catapulté aux IEM Katowice...

C’était mieux avant ? Chroniques d’un vieux con catapulté aux IEM Katowice contre sa volonté

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Ayant eu le privilège d’accompagner la rédaction aAa lors de son coverage des finales mondiales des IEM 2014 à Katowice, j’ai pu tenir pendant l’événement un blog. Ce texte regroupe des extraits des 5 billets de blogs rédigés pendant les 3 jours de la compétition.

Bien avant Katowice, j’ai participé pour aAa à tous les ESWC qui se sont déroulés entre 2005 et 2008, aux WCG 2010 à San Francisco, à la Gamegune 2010 ainsi qu’aux finales IEM Cologne en 2009 et IEM Kiev en 2011. Je n’avais plus mis les pieds dans un évènement d’envergure depuis Kiev et j’étais curieux de voir toutes les transformations qui ont pu s’opérer dans le milieu.

L’échauffement

img1« On attend son tour » x12 000

Un mot pour décrire mon sentiment après 3 ans d’absence? Massif.

Ces IEM sont massifs par les moyens, massifs par le prestige des joueurs et équipes présentes, massifs par l’engouement des polonais sur place, massifs par son cash prize. L’évolution est pharaonique, c’est indéniable.

Mon côté agoraphobe aura été mis à rude épreuve tout le week-end. Réussir à traverser les gradins ou la zone centrale relève du parcours du combattant. L’enthousiasme des polonais fait plaisir, la salle omnisport de Katowice tremble en continu : les polonais adorent l’eSport. L’agencement des scènes, sensiblement identique à l’année dernière, permet de passer facilement d’un jeu à un autre.

Point relou : la cacophonie règne en maitre. Les pauvres spectateurs situés à l’angle de LoL et SC2 ont du stéréo multigaming à s’en faire saigner les oreilles. Tenir toute la journée sur place donne une mauvaise migraine. Le show est continu. LoL, toujours lui, récolte largement les faveurs du public. Starcraft 2 est bien suivi et CS:GO a un timide public derrière lui (et une scène moitié moins grande que SC2), il est bien loin le sacre des SK sur 1.6 en 2009. On notera l’effet inverse lors des finales, CS:GO suivi en masse, sc2 limite boudé et LoL suivi sans grande passion.

Immersion

Difficile d’être objectif sans s’immerger dans l’événement avec le public. A ce petit jeu il faut avouer que la bonne humeur ambiante est contagieuse (même si le son est toujours super fort). Tous les polonais ont la banane. Fait marrant : la moyenne d’âge est très basse. Forcément ils ont une préférence pour les héros nationaux, mais les suédois, russes et autres ukrainiens ont quand même la côte, tant qu’ils ne sont pas asiatiques.

Mention spéciale aux fnatic qui ont droit à une standing ovation toutes les 10 minutes. Ceci ne les empêche pourtant pas après leur victoire face aux Millenium de sobrement remballer leur matériel sans montrer de signe de reconnaissance envers la foule. Une pratique finalement assez commune à plusieurs équipes et joueurs qui ont défilé sur les différentes scènes.

img2Une partie des 12 000 nerds

Le paradoxe de l’engouement du public et des célébrations des joueurs, de plus en plus rares en démonstrations, progresse. Difficile pour un vieux con qui a connu la plupart des finales en lans, où le seul mode spectateur qui existait consistait à poser sa chaise (prêtée gracieusement par la mairie du coin) derrière les joueurs un dimanche à 17 heures, de s’imaginer qu’il pourrait en être autrement. Aujourd’hui, un joueur qui fait trembler 10 000 personnes dans les tribunes va à peine esquisser un sourire après un move de porc.

Néanmoins, le match Starcraft 2 entre Taeja et Stardust était immensément cool. Le public acquis à la cause du Terran qui beugle des « taéjea, taéjea » en boucle à chacun de ses pushs aura peut-être fait pencher la balance en sa faveur. Le cocktail à base de qualité de cast (même si bordel le son est toujours trop fort), de production aux petits oignons avec un public en furie et de games fort potables est explosif. Les polonais terminent la game en recouvrant une tribune de 500 personnes avec un drapeau d’une communauté de gamers.

Où sont les femmes ?

Sujet rarement évoqué : la parité dans le milieu. Même si la situation semblait inévitable, le public commence enfin à devenir hétérogène. Les femmes ne font plus qu’accompagner les joueurs, elles suivent avec attention la compétition. Plusieurs ont profité de l’occasion pour arborer des cosplays originaux, la plupart du temps en groupe. Cette émancipation dans ce milieu si masculin est une bonne chose, il leur manque plus qu’à se démarquer sur le plan compétitif pour foutre un vrai coup de pied au machisme ambiant.

img3 Sjokz, la « poupée » des IEM

Car malgré cette lente évolution, le milieu reste ultra-masculin, renfermé sur lui-même et assez arriéré. Combien de femmes se retrouvent au premier plan à Katowice ? Une présentatrice sur LoL qui fait fantasmer la moitié des gars dans la pièce et une, trop discrète, commentatrice CS:GO qui fait bien son boulot sans vagues. Le reste se cantonne à des rôles d’hôtesses ou à des membres du staff (respect à la photographe ESL, ultra douée), bien insuffisant.

Comment dans un milieu où se mélangent tant de milieux socio-culturels, de caractères et de personnalités différentes les femmes ne puissent pas trouver leur place ? Le sujet mériterait une analyse plus profonde mais les faits sont là : l’eSport ça reste un truc entre couilles.

Multipass

Après une première journée loin de la zone joueur, l’ESL nous octroie le liloo-dallas-multipass et les IEM peuvent enfin commencer. Même si tous les gros matchs se jouent dans l’immense arène, l’ensemble des joueurs squatte la zone joueur back-stage qui ressemble à un vieux gymnase. Pourtant c’est là que tout se joue et on peut squatter.

img4Les vrais IEM

L’âme d’une compétition est le miroir de la mentalité de ses compétiteurs. En se retrouvant plongés dans l’intimité de leur monde, la « player area », on accède au jardin secret. Les coréens de starcraft forment une micro communauté, très fraternelle (ils se touchent de partout, on frôle les caresses érotiques). Les joueurs de LoL restent pratiquement toujours entre membres d’une même équipe. Les joueurs de CS:GO se connaissent tous, se chambrent, s’apprécient, mais surtout se respectent.

Les joueurs sont accessibles, répondent facilement à des interviews et se souviennent même de vous après un désert esportif de deux ans. J’aurai pas cru que GeT_RiGhT se souvienne de moi et m’appelle par mon pseudo, il s’en est pourtant passé bien des choses en 3 ans.

img5Aïe amme ire ouith heu… guète raïte

A l’abri du vacarme incessant de la zone du tournoi et du public massif ; joueurs, managers, staff et presse se retrouvent en aparté. Ce havre de paix permet d’un peu décrypter tout ce petit monde. Yellowstar est un nostalgique de l’ancien esport, GeT-RiGhT a un profond respect envers tous ses adversaires, MC mate des clips de J-Pop non-stop, cArn est un business man au t-shirt ridicule, Polt a les mains baladeuses.

La passion et la fraternité qui anime ces communautés se retrouve en off, loin de la scène centrale et des milliers de polonais qui font trembler les murs. On retrouve dans tous ces échanges le même ciment qui forgeait les communautés sur des jeux différents il y a 5 ans.

Oh le vieux machin !

Ce coup de vieux quand on croise tout ce monde dans le public. J’avais quasiment leur âge quand j’ai commencé à devenir obsédé par les jeux vidéo en compétition. Tout a commencé pour moi en 2003, et me voilà projeté 11 ans plus tard à Katowice. Maintenant, les compets de jeux c’est tendance. C’est plus un truc honteux que tu partages qu’avec des mecs du net.

img6Les tarés qui attendent depuis 4h sous la flotte

Ça a été très frappant le premier jour. On croise en grande majorité des gamins de 14 à 17 ans avec des t-shirts Star Wars ou de jeux vidéo. Je pense que ces ados se foutent pas mal des résultats de foot, tout ce qui les intéresse c’est de savoir si les fnatic vont réussir à démolir les coréens. Le plus fun ? 4 gamines de 13 ans qui attendaient avec appareil photo, bloc note et stylo hello kitty la sortie des fnatic du backstage (une des trois sorties qu’ils pouvaient emprunter donc une chance sur trois) pour avoir une photo et un autographe. Inimaginable il y a 5 ans.

img7Culture redbull

Si la pinte de bière blonde dégueulasse est le symbole des festivals de musique, dans les festivals de compétitions de jeux vidéo c’est les cups de Redbull qui sont vendues en masse. Le fabricant a inondé les IEM de ses produits, les jeunes qui ne boivent pas d’alcool participent à la fête avec leur red cup à eux, de Redbull. Une nouvelle culture. Une culture que même nous, anciens de l’esport ne comprenons pas. Ça grouille dans les couloirs de cosplays LoL, de t-shirts nerds, de chapeaux de teemo et de joues pleines d’acnée (cliché facile j’en conviens). C’est 1000 fois plus puissant que ce qu’on a connu, les codes m’échappent. Il faut voir la queue monstrueuse dehors alors qu’il fait 5° avec une pluie battante. Tous ces gamins attendent minimum 3h dans le froid en attendant d’avoir accès à l’arène, ultime récompense.

Les finales

La finale CS était monstrueuse et la finale SC2 naze. Pour LoL j’ai même pas pris la peine d’essayer de m’asseoir. L’ambiance et le lieu m’ont beaucoup rappelé l’ESWC 2006 à Bercy et le 2007 au Parc des Expos à Versailles. Un subtil mélange du meilleur de ces événements que j’avais adoré. Bercy forcément à cause du cadre : un palais omnisport. Et le parc des expos pour l’ambiance de la finale CS.


Arrivée des virtus.pro pendant la grande finale par Team-aAa

Le plus marrant finalement était de revoir TaZ et Neo en finale d’un événement majeur. Sauf que cette fois ci ils jouaient à domicile. J’aurais payé cher pour savoir ce qu’il se passait dans leur tête au moment de leur entrée sur scène. Après plus de 10 ans de compétition sur CS, ils se retrouvent finalement sur la grande scène devant leur public. Rien n’aurait pu les empêcher de gagner ce tournoi, ils retrouvent le style de jeu très agressif qui a fait leur succès sur 1.6 dans une arène déchaînée et acquise à leur cause. Difficile de trouver plus méritants pour ce titre majeur.

A côté de ça, voir le vieux sOs enchainer les cheese sales contre herO m’a bien fait rager. Comme quoi les STR ça reste le seul genre où on peut te torcher une finale bo7 en 45 minutes.

La conclusion bidon

Maintenant que l’event est terminé, ça parait évident que les IEM Katowice réussissent parfaitement ce que Games-Services a essayé d’accomplir depuis Bercy en 2006. Sûrement trop ambitieux à l’époque, le public et les moyens de diffusion n’étaient clairement pas à la hauteur. Ici, la production exceptionnelle de l’ESL n’est pas étrangère à ce succès. Pas un pet de travers pendant tout l’événement : des streams millimétrés, des casteurs triés sur le volet et toujours de l’action. Surtout, le casting de ces IEM est unique en son genre : je n’ai pas en mémoire d’évènement qui ait réussi à réunir d’aussi bons joueurs sur ses jeux respectifs.

Alors non c’était pas mieux avant, c’est une connerie de penser que c’était mieux avant. Le milieu évolue, les évènements évoluent et les jeux évoluent qu’on le veuille ou non. L’eSport d’aujourd’hui est différent. Je suis pas sûr de l’aimer autant que l’ancien mais ça fait toujours ce petit truc : cette montée d’adrénaline sur un clutch de neo, ce frisson quand le public ovationne chaleureusement les perdants, cette béatitude quand ton favori soulève le trophée…

 

Retrouvez le live de team-aAa pendant les IEM Katowice à cette adresse : live.team-aaa.com

Header : Photo onGamers.com

9 COMMENTAIRES

  1. Sans vouloir faire le rabat joie, je te trouve très limite arrivé à la partie sur les femmes. Tu mets une photo de sjokz avec en légende « La poupée des IEM » pour ensuite la décrire comme « Une présentatrice sur LoL qui fait fantasmer la moitié des gars dans la pièce ». Je trouve ça insultant de ne la nommer à aucun moment dans ton article.

    Et elle est beaucoup plus qu’un fantasme ou une poupée. Elle a un bon niveau sur LoL et les questions qu’elle pose après les parties sont souvent bien plus intéressante que les 3/4 des analyses que l’on peut entendre sur les streams français par exemple.

    Je trouve ça dommage de limiter une professionnelle à sa plastique quand elle fait du bon boulot alors que je suis sûr que ce n’est pas le message que tu voulais faire passer :/

    • Je ne la nomme pas tout simplement parce que je ne la connaissais pas mais à aucun moment je ne cherche à lui manquer de respect. Mes tournures ne sont pas claires (elle m’a fait la remarque) puisque comme tu dis ce n’est pas du tout le message que je voulais faire passer.

      Le terme poupée (j’aurais du rajouter des guillemets) est employé ironiquement puisqu’elle est, malgré elle, une des représentations de la misogynie et de l’hypocrisie du milieu. Je ne remets pas en question sa légitimité, bien au contraire. Je suis juste effaré que les seules femmes mises en avant (exception pour la casteuse CS:GO) le sont pour leur physique et leur « présentation » plutôt que pour leur personnalité et leur apport à la communauté.
      Là dessus je ne vais certainement pas la blâmer puisqu’elle n’y peut rien, c’est sa perception par la communauté et la misogynie ambiante qui en découle qui me dégoûte (ça c’est pour le « fantasmer la moitié.. »).

      A la base le but c’était d’aborder des sujets ça et là sans véritable profondeur, d’où les quelques coquilles dans mes propos :)

      • L’ironie n’était pas non plus trop compliqué à capter…

        Sinon, je suis agréablement surpris par ce billet. Après, t’avoir vite fait côtoyé à une ReSo (il me semble), je n’avais pas gardé un souvenir impérissable de toi. En même temps videomaker de Cs… :p.
        Mais, y’a pas à chier, c’est très sympa à lire. J’en redemanderais presque.

    • C’est plutôt toi qui exagère et t’offusque. En même temps quand t’affirmes qu’elle a un bon niveau sur League of Legends et que ses questions sont intéressantes (pertinentes ?) en comparaison à ce qui se fait sur les streams j’ai envie de te répondre : c’est pas très dur mais ce n’est pour autant pas le cas.

      Le seul élément qu’elle fait bien c’est présenter/animer t’appelles ça comme tu veux. Et ça tombe bien, elle est là pour ça.

  2. Hey, y’en a un qui sorti de son trou on dirait :)
    Sympa de lire ton feedback, bien chanceux es-tu d’avoir eu l’occasion (mais surtout le temps…) d’y aller.
    Je suis tout à fait d’accord sur ton analyse vs ESWC2006/2007 et en mattant le stream ca m’est de suite venu à l’idée. Good recipe, bad timing.

    Pas surpris que GTR t’ais reconnu, il est super community friendly.
    J’aime beaucoup le fait que les joueurs pros se sentent un peu en famille.
    C’était déjà le cas avant, mais encore plus maintenant je trouve, et c’est bien car ca renforce le concept d’une communauté de haut niveau, qui se retrouvent d’évènements en évènements.
    Un peu comme les tennisman ou les snowboarders qui trainent en groupe.

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